Cela fait un moment déjà que j’ai l’impression d’avoir le cul entre plusieurs chaises.

Pour remettre les choses à leur place, je suis française, et j’ai toujours eu envie d’aller voir ailleurs. J’ai décroché un job aux Etats-Unis, et le temps d’attente de mon visa j’ai travaillé en Espagne. Là, je suis tombée amoureuse de la ville et de mes collègues de bureau qui sont très vite devenus des amis. Mes deux mois supposés d’attente se sont transformés en six. J’avais déjà eu le temps de bien m’installer, d’avoir mon petit chez moi, mes petites affaires, mes habitudes. Quand l’annonce de mon visa est arrivée, j’ai eu la brève idée de le refuser. Mais cela aurait été stupide. Ce n’est pas donné à tous le monde, j’en avais bavé pour l’avoir et des personnes avaient travaillé dur pour que je l’obtienne, ce n’était pas le moment de tout lâcher. J’ai donc fait mes valises et mes adieux, on a tous pleuré, et je me suis envolée pour la prochaine aventure : 18 mois en Californie, mon service militaire comme disait mon parrain. J’avais déjà mon petit groupe d’amis là-bas, mais les débuts ont été difficile entre la paperasse, trouver un logement, une voiture …

Et comme de partout, une fois installée, on prend ses marques, ses habitudes. J’y ai rencontré mon chéri, nous avons emménagé ensemble et construit notre vie. Et bien sûr, au moment où tout va pour le mieux, mon visa s’est terminé. Mon entreprise n’a pas réussi à le renouveler donc j’ai dû faire mes valises (encore une fois) et partir. Depuis, ma vie est faite d’aller retour entre l’Europe et les Etats-Unis pour voir mon chéri.

Avec tout ces allers-retours, je me suis rendu compte que si on me donnait le choix là maintenant tout de suite de pouvoir m’installer en France, aux USA ou en Espagne, et bien je ne saurais choisir.

Voici mes « trois chaises »

        1. Ma Provence

Mon pays, ma culture, mes amis d’enfance, mes habitudes. Tout me manque depuis que je n’y vis plus. C’est bête à dire, mais on ne se rend pas compte de ce que l’on a. L’herbe est toujours plus verte ailleurs.  L’odeur de la forêt en automne me manque, voir les feuilles tomber, aller ramasser les champignons et les châtaignes, puis se blottir au coin du feu pour se réchauffer. Manger un succulent repas à Noel, puis la brioche en Janvier. Boire le café en terrasse en avril avec les premiers rayons de soleil, et se faire dire « en avril, ne te découvre pas d’un fil, … » Se faire offrir du muguet en Mai. Se ruer à la plage dès qu’il fait beau en juin, passer l’été entre barbecue, transat sur la plage, cocktails sur le port, et soirées d’ouvertures des bars d’été. Maudire les touristes quand on est bloqué dans les bouchons, et retrouver notre routine en septembre une fois la foule partit …

        2. Málaga

« Porque Málaga te atrapa », m’ont-ils dit alors que mon attente de visa s’éternisait ainsi que mon séjour dans cette ville. J’y avais déjà fait un stage d’étude à la fac et étais déjà tombée sous le charme. Ma première impression n’a pas changé. J’adore cette ville qui ne s’arrête jamais. Les terrasses sont toujours pleines, les gens accueillants, aimables, amicaux… Ma vie au bureau est complètement différente de celle en Californie. Ici, on a l’impression d’être une famille plutôt que des collègues, on s’entraide,  on est là les uns pour les autres, on sort boire des coups ensemble, on passe nos soirées voir nos weekends ensemble. Bref, un groupe d’amis qui travaillent ensemble. Et cela change tout. Le matin on n’a peut-être pas envie d’aller travailler, mais on a envie d’aller au bureau car on a envie d’être ensemble (je pense parler au nom de tous ici ☺  ). On se complimente toujours les uns les autres : tu es bien beau / belle aujourd’hui, j’aime bien ta coiffure, tu as l’air superbe… Mine de rien, c’est important de complimenter et de recevoir des compliments. J’aime donc l’Espagne pour le coté affectif. Niveau vie en soi, tout est beaucoup moins cher ce qui est parfait, mais la nourriture ne convient pas trop à mon estomac sur le long terme, il y a beaucoup de fritures et peu de légumes (mais ça, c’est pour trouver quelque chose de négatif à dire). Et cet esprit d’être toujours en vacances me va parfaitement pour le moment, mais est-ce que je pourrais vivre ainsi tout le temps?

       3. Californie :

La Californie ♫♪♫♪. Rêve d’enfance. Au final, je pense que c’est l’endroit où je me vois le moins vivre sur le long terme. La culture est bien trop différente de la culture européenne dont je suis tant habituée. Bien sur c’est beau, on en prend plein les yeux quand on arrive de notre petite ville. On se croit vraiment comme dans un film, le strass, les paillettes, encore plus de strass encore plus de paillettes. Le problème c’est qu’au bout d’un moment, le fake on en peut plus. On veut des gens vrai et non superficiels, des  personnes sur qui pouvoir compter. Quand je suis là-bas au final tout me manque, pouvoir aller boire un verre en terasse après le travail, prendre un café avec les copines, manger un bout au bord de mer, une bonne baguette, l’odeur de la boulangerie… Tout ça au final, ce n’est pas pareil. Mais les opportunités de travail sont au-dessus de celles de la France, sans parler de l’Espagne. C’est aussi un mix de culture, on peut trouver des produits du monde entier, manger un bol de udon noodle ou un katsu don pour $5 et en prendre plein les papilles, on peut faire du yoga sur la pelouse du Montage face à l’océan, ou du paddle board dans les canaux de Newport Beach… J’ai beau me plaindre (je suis une fille après tout !), quand je suis en en Europe, la Californie me manque aussi. Ah ! que c’est dur d’être une nomade 🙂

Donc voilà mon dilemme du moment. Je risque d’être dans cette situation pour encore au minimum un an. Et bien sur, cela parait fantastique de voyager autant. Mais ne pas avoir de maison fixe au final, c’est dur. On a toujours une maison, mais on ne se sent jamais réellement chez soi. J’ai compris l’importance d’avoir un point d’ancrage ces derniers mois. On a toujours besoin d’un endroit où se refugier, où atterrir, où se sentir à l’aise. Et plus on voyage, plus on a du mal à trouver cet endroit.

Sur ce, je vais courir me refugier sous la couette et profiter d’un vendredi soir pluvieux au chaud.

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It’s been a while that I have the impression to be “sitting on the fence”.

To summarize, I am French and I have always wanted to see what was going on outside. I got a job in the States, and while waiting for my visa, I worked in Spain. I fell in love with the city and my coworkers, who quickly became friends. I was supposed to stay two months but it ended up being six. I had time to settle there: have my little apartment, my things, and my habits.  When my visa finally arrived, I almost wanted to reject it. But it would have been stupid. Not everyone is given the chance to have one. I struggled hard to have it and people worked hard so I could have it, so there was no way I could refuse it. So I packed, I said goodbye, we all cried and I flew to my next adventure: 18 months in the US, my military service used to say my godfather. I already had a group of friends there, but still,  it was hard at first : paperwork, find a house, a car, …

And like everywhere, once settled, we have our habits. I found love there; we moved together and started our life together. And it is of course when everything is well that my visa ended. My company couldn’t renew it so I had to pack (again) and go. Since then, my life is all about back and forth between Europe and the US to see my boyfriend. I am a freelancer which allow me to do whatever I want.

And here is my dilemma:

1)      My dear Provence

My country, my culture, my childhood friends, my habits. I miss everything since I left it. It is stupid to say, but we never realize what we have until we lose it. The grass is always greener on the other side. I miss the smell of the forest in autumn, seeing the leaves falling, going pick up mushrooms and chestnuts and then going back home to get warm in front of the chimney. Having a wonderful diner from Christmas, and then the epiphany cake in January. Having a coffee on a nice terrace in April with the first rays of sun, and hearing people say: we get behind the stove in April. Having people offering me lily of the valley in May. Rushing to the beach whenever the weather is nice in June; spending all our summer between barbecues, beach, cocktails on the port, and opening night of bars that only exist during the summer. Cursing tourists when we are stuck in traffic, and finding back all our habits when they leave …

2)      Málaga

« Porque Málaga te atrapa », they told me while I was waiting for mi visa and that I had to stay longer than expected there. I had already been to Malaga once, for an internship while in college, and I already liked it back then. My first impression hasn’t changed. I love this city which never stops. The bars and restaurants are always full, people are nice, welcoming, friendly … And the office is completely different from the one in California. Here, we are like a family rather than coworkers ; we help each others, we are here for each other, we go out for drinks, we spend our nights and even weekends together. A group of friends working together. On the morning we may not want to go to work, but we still want to go to the office to be together (I know I am not the only one thinking this ☺  ). We always compliment one another: you are beautiful, you look great, I love your hair today, … It doesn’t look like it, but it is important to compliment and receive compliments. I love being in Spain for this. When it comes to more practical things, life is way cheaper here which is great. Food doesn’t suit me very well as there is a lot of fried stuff and too little veggies in the restaurant, but who cares ? And I love this feeling of always being on vacation, but can I always live like this ?

3)      California

La Californie ♫♪♪. My childhood dream. I actually think this is the place where I feel the less like living. Culture is way too different from the European one. Of course it is beautiful; you are amazed by everything, especially when coming from a little city. You feel like you are in a movie, the sparkle and the glitter and more sparkle. Problem is that at one point, you can’t stand fake anymore. You need real people, no superficial ones, people you know will be here for you. When I am there, I miss everything: to be able to go have a drink with my friends after work, avec a coffee with the girls, have lunch by the beach, a good baguette or just the smell of the bakery in the streets in the morning. Everything is so different over there. But work opportunities are  great compared to France and Spain. It is also very multicultural, we find products and people from all over the world. I love being able to go eat the best udon noodles or katsudon served by Japanese, going to the Montage to do yoga by the ocean, or going to Newport to do some paddle boarding in the channels. Even if I complain about a few thing (hey I am a girl, what do you expect ?), I miss Cali when I am in Europe. Ah! Life is so hard when you travel around 🙂

So now you know m dilemma. My situation might remain as it is for another year. And of course, it sounds fantastic to be able to travel all the time. But it is actually hard not to have a place to call home. To have a place everywhere, but nowhere really where you feel like home. These past months, I really understood the importance of having an “anchor point”. We always need a place where we feel good, at ease. And I feel like the more we travel, the more complicated it become to find this place.

On this note, I am going to run under my blanket and enjoy this nice rainy Friday evening.

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